Vers le developpement d’un environnement lettré en langues nationales au sénégal

La semaine de l’école de base est bien inscrite dans l’agenda du Ministère de l’Education Nationale du Sénégal et cela depuis plus de 20 ans aujourd’hui. Ce rendez-vous annuel mobilise tous les acteurs et partenaires de l’école autour d’un thème principal.

La 21e édition de la semaine nationale de l’école de base qui s’ouvre le lundi 15 mai 2017 à Matam dans le nord du sénégal a pour thème “Utilisation des Langues Nationales dans l’Élémentaire, facteur d’Amélioration des Performances”. La loi 2004-37 qui modifie et complète la loi d’orientation de l’éducation de 1991 stipule en son article 3 que “la scolarisation est obligatoire pour tous les enfants des deux sexes âgés de 6 à 16 ans. L’Etat a l’obligation de maintenir, au sein du système scolaire, les enfants de 6 à 16 ans. La scolarité obligatoire est assurée gratuitement dans des établissements publics d’enseignement… Tout enfant âgé de moins de 16 ans et n’ayant pu être maintenu dans l’enseignement public est orienté vers une structure de formation professionnelle”. Plusieurs questions avaient été soulevées par rapport à la mise en oeuvre de cette obligation scolaire de dix ans lors de la 8e revue du programme de développement de l’éducation et de la formation (PDEF) qui avait eu lieu en avril 2009. Au nombre de celles-ci figurait, en particulier, la question liée aux ressources linguistiques. L’atelier avait ainsi préconisé des mesures fortes. La mise en oeuvre d’une “diversification de l’offre éducative en réponse à la demande réelle des populations”, figurait en bonne place. Le thème de cette 21e édition de la semaine de l’école de base prend donc en charge une préoccupation majeur qui est si chère aux acteurs de l’éducation au sénégal.

Aujourd’hui en dehors du français qui est la langue officielle du pays, 27 autres langues ont été répertoriées sur l’ensemble du territoir. Parmi ces 27 langues 21 ont été codifiées et accèdent de ce fait  au statut de Langues nationales. Ces langues sont enseignées dans les classes d’alphabétisation et d’éducation non formelle et dans quelques classes du formel. Le recours aux langues nationales dans l’enseignement élémentaire, mais aussi au préscolaire et à tous les niveaux d’éducation et de formation dans notre système éducatif, est une option stratégique forte. Déjà en 1986, monsieur Souleymane Diop alors secrétaire général de la CONFEMEN soulignait cette force dans l’avant-propos de son ouvrage portant sur la promotion et l’intégration des langues nationales dans les systèmes éducatifs. Il mentionnait ainsi que: “la promotion des langues n’est pas un enjeu théorique. Elle s’inscrit dans le cadre concret du développement des peuples et de leur combat pour la reconnaissance de leur identité. L’enseignement, et d’une manière générale, l’ensemble du système éducatif, peut et doit jouer à cet égard un rôle déterminant. De sa capacité à s’adapter aux réalités nouvelles et à intégrer les langues maternelles, dépendent, en effet, la sauvegarde des authenticités et l’avènement d’un dialogue culturel plus juste parce que fondé sur l’égalité et la complémentarité

A travers plusieurs programmes et plus récemment à travers le PAQUET l’Etat du sénégal cherche à mettre en oeuvre une politique linguistique cohérente prenant en compte les langues nationales. Ces efforts louables restent toutefois  insuffisants face à l’urgence du développement d’un environnement lettré en langues nationales au sénégal. Aujourd’hui dans le cycle fondamental, le taux d’abandon (20,6%) et de redoublement (16,4%) restent élevé. L’utilisation des langues nationales dans l’enseignement, qui est une solution audacieuse contre la déperdition scolaire,passe aussi par une volonté politique soutenue, dépourvue de tout chauvinisme. C’est un travail de longue haleine qui ne saurait se contenter de démarches autonomistes et incertaines. A cet égard, le linguiste et chercheur Fary Silate Ka met en évidence l’importance d’une résolution forte des responsables étatiques. Il affirme que: “De façon comparative, le Sénégal peut apparaître, à première vue, comme un pays pionnier en matière de politique linguistique. Mais au fond, notre aménagement linguistique, malgré les dispositions constitutionnelles et la législation linguistique toutes favorables, manque toujours de ce qui est le plus essentiel : la décision politique de donner aux langues nationales la pleine mesure de leur droit, en les adoptant – progressivement et méthodiquement, certes – comme langues d’enseignement et d’éducation de base.”

En mettant à l’honneur les langues nationales dans l’enseignement, la 21e édition de la semaine de l’école de base pose un acte majeur. A travers ce thème l’état du sénégal démontre son attachement à un impact impact fort de l’utilisations des langues nationales sur la qualité de l’éducation et des résultats des enseignements-apprentissages. Cependant la passivité de l’état en ce qui concerne le respect  des équilibres linguistiques, ne sert pas la formation et l’affirmation de l’identité culturelle  sénégalaise.

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